samedi 18 juillet 2015

Prédication lors du "Culte Gospel" du 21 juin 2015,
au temple de l'Oratoire. Marc 4, 35 à 41.


Des tempêtes il y en a, dans la vie des hommes ;
Des tempêtes il y en eut,
Des tempêtes il y en aura encore, dans la vie des hommes.

Lorsque les vagues du chagrin et de la souffrance viennent se jeter  sur notre barque,
Lorsque les vagues de l’intégrisme et du fanatisme viennent se jeter sur notre barque,
Lorsque la folie raciste, meurtrière et imbécile vient se jeter contre notre barque,
Lorsque la faim et la guerre viennent jeter des barques remplies d’assoiffés contre nos rives…
Oui, des tempêtes il y en a, dans la vie des hommes…

Peut-être même que la vie humaine n’est qu’une vaste traversée de tempêtes ?
Et la première constatation qui s’impose, c’est que notre foi elle-même n’y peut rien, dans un premier temps.
Car il  faut que nous le sachions :
Notre foi ne nous épargne rien :
Ni la souffrance, ni les deuils, ni les vagues de la fureur du monde qui viennent nous briser en fureur ou  en silence, c’est selon…
Et oui, si souvent, trop souvent, Christ semble bien dormir, sur son coussin, nous laissant seul avec nos peurs et la fureur des flots…

Seconde constatation. Les tempêtes ne sont pas d’aujourd’hui.
Elles sont de toujours.
La tentation souvent est grande d’accuser notre temps d’être pire qu’hier… et de dire que tout fout le camp…
Mais il n’est que de relire notre vieille Bible pour voir que c’est de tout temps que tout fout le camp… depuis la création même du monde.
Car des tempêtes il y en a, dans la vie des hommes ;
Des tempêtes il y en eut,
Des tempêtes il y en aura encore, dans la vie des hommes.

Et là, devant tant de fureur des flots déchaînés, là, toujours, surgit la peur. Et ce sera mon 3ème point.
Notre peur devant ce monde que nous ne parvenons plus à comprendre,
Notre peur devant cette foi elle-même que nous ne parvenons plus à comprendre,
Notre peur devant ces deuils qui nous ravagent en silence…
Oui, comme le dit admirablement le pasteur Dietrich Bonhoeffer,
La peur est dans le bateau ! pourtant, poursuit-il, « la Bible, l’Evangile, le Christ, la foi sont comme un cri de guerre contre la peur ! La peur est l’ennemi originel.
Elle est installée au cœur de l’homme ; elle le mine, jusqu’à ce que sa résistance et sa force s’écroulent. Tous les liens qui relient l’homme avec Dieu et avec autrui, elle les ronge …
Tout d’un coup il ne voit et n’entend plus rien, il ne peut plus ramer, une vague l’entraîne, et comme pour un dernier appel au secours, il s’écrie : « qui es-tu, inconnu, dans le bateau ? » Et celui-ci répond : «  je suis la peur ».
Mais alors, c’est comme si les cieux se déchiraient, comme si les légions célestes elles-mêmes entonnaient le cri de victoire : NON ! Christ est dans le bateau !
Christ est dans le bateau !
À peine ce cri a-t-il été poussé, et entendu, que la peur s’en va, les vagues reculent, la mer devient calme, et le bateau vogue sur une mer paisible.
Christ est dans le bateau[1].

Christ est dans le bateau.
Même  s’il dort : Christ est dans le bateau.

Voilà l’Evangile. Voilà la bonne nouvelle.
Et tout redevient possible.
La traversée peut reprendre.
Parce que nous savons que X est dans le bateau.
Même s’il dort !
Alors, si des tempêtes il y en a, dans la vie des hommes, elles sont aussi l’occasion de redécouvrir, émerveillé, que nous n’y sommes pas seuls, mais que X est dans le bateau.
Il y a d’ailleurs, au début de notre récit, plusieurs barques, et puis la focale se resserre sur la barque qui s’affronte à la tempête, où pourtant Christ est dans le bateau…
Mais je voudrais encore évoquer pour finir une question, une question toute bête :
Que vient faire ce coussin dans récit de la tempête apaisée?
Le texte nous dit : « il (le Christ) dormait à la poupe, sur un coussin ».
Le mot grec ici employé n’apparaît nulle part  ailleurs dans tout le NT.
Que vient donc faire ce coussin, alors que nous pouvons lire d’autre part que le Christ n’avait pas de quoi reposer sa tête, pas même une pierre ?
Un coussin. Sur une barque de pécheurs pauvres, il y a 2000 ans ?
Un coussin, dont Jean Valette dira, dans son commentaire sur Marc :
«  Le sommeil, relativement confortable du Maître, tranche ironiquement sur l’agitation des eaux et celle des disciples[2] ». J’aurais tellement aimé poursuivre cette discussion avec Jean.
Alors laissez moi la poursuivre un instant encore avec vous :
Et si la mention du coussin était là pour dire le repos possible, fût-ce au cœur même de la tempête ? La tendresse dans la barque, le repos promis, le repos offert, parce que Christ est dans le bateau, et qu'en son absence il nous reste le coussin ?
Jean m’aurait sûrement demandé s’il n’était pas un peu rembourré de pélous, mon coussin...

Alors puissions-nous être de ceux qui osent reprendre la route, fût-ce au cœur même de la tempête, par la seule grâce d’un coussin laissé là comme par hasard...


Jean-François Breyne



[1] Extrait d’une prédication de Bonhoeffer, in Si je n’ai pas l’amour, Genève, 1972, Labor et Fides, p. 26-27-28.

[2] In L’Evangile de Marc, commentaire T. I, Les Bergers et les Mages, p. 125.

vendredi 17 juillet 2015

Château de Saint Privat, le dimanche 14 juin 2015
Journée d'Eglise de Nîmes. Lecture de Néhémie 8, versets 1 à 12.

587 avant Jésus Christ.
C’est la chute de Jérusalem,
C’est une catastrophe !

Le monde semble s’arrêter de tourner et c’est comme si jamais le soleil ne se lèverait plus…
Exil, déportation, le temple est détruit…
C’est la fin d’une histoire.
Serait-ce la fin d’un peuple ?
Non.
C’est le début d’une nouvelle histoire, l’invention de quelque chose de nouveau, et qui  durera longtemps, jusqu’à aujourd’hui.

Année - 538 ; Cyrus, nouvel empereur perse, est le nouveau roi du monde. Et, à l’étonnement général, lui le païen, va autoriser la reconstruction du temple de Jérusalem, après avoir autorisé le retour des exilés, après 50 ans de captivité, soit 2 générations.
Conduit par Zorobabel, le nouveau roi d’Israël et les prophètes Josué et Aggé, le peuple va entreprendre la reconstruction du temple, après avoir relevé les murailles de la ville.
Puis vint cet évènement que nous venons de lire !
Lire, justement.
Car c’est la première lecture du livre de la Loi,
première lecture publique,
première lecture solennelle,
première apparition d’un couple de mots : Livre de la Loi.
Littéralement : sepher thora ; rouleau de la loi.
Car que s’est-il passé pendant cinquante ans ?
Le peuple privé de ses rois, de ses prêtres, du centre de la foi qu’était Jérusalem et son temple, le peuple s’est demandé :
Comment tenir ?
Comment tenir bon ?
Comment rester fidèle aux commandements ?
Qu’est qui fera centre, point axial ?
Réponse : 
    -   Notre histoire. Et la Parole même de notre Dieu qui a traversé  notre histoire.

Alors, on recueille  les textes sacrés. 
On compile, on tisse ensemble des traditions jusque-là éparses, déjà écrites ou encore orales.
Et là, au creuset de la déportation, au creuset de l’exil, naît le Sepher Thora, le livre de la Loi.
Et rentrant à Jérusalem, que va-t-on en faire ?
N’était-ce qu’une étape ?
Non !
Il deviendra, avec le temple reconstruit, le cœur du cœur de la fidélité juive.

Deux noms émergent de cet épisode :
Esdras et Néhémie.
Deux scribes, deux lettrés qui vont poser désormais et à jamais au cœur du judaïsme le livre comme étant la  référence ultime, le ressort secret de toute la foi désormais.
Et on invente le premier culte…
Tout y est : La chaire, l’estrade, le peuple assemblé, même l’heure : du matin au milieu du jour.
Premier enseignement, chemin faisant : de la crise la plus ultime, la destruction du temple et la déportation, va naître le joyau le plus précieux de nos vies : Le Livre ;
Le Livre de la Loi ; Le premier testament.

Parabole pour  notre foi
Et si nous changions de regard ?
Et si les temps de crise, de bouleversements radicaux pouvaient aussi être les creusets pour reconstruire et découvrir ce qui est au centre et ce qui fait sens véritablement ?
Non plus seulement des pierres, fussent celles du temple de Jérusalem ou de nos temples à Nîmes, mais bien une Parole pour donner sens à tout cela !
Mais surgit une question redoutable : 
    -  Peut-on vivre selon les livres ?
    -  Le livre n’est-il pas toujours quelque chose qui risque de se figer ?  De nous figer ?
Et au lieu de nous remettre en route, de nous arrêter ?
Et au lieu de nous relever, de nous écraser ?

Trois petits verbes  viennent irriguer le récit :
Lire
-        Expliquer
-        Comprendre
Le tryptique des bons rapports au livre peut-être…
Lire !  Il faut lire et relire ensemble.
Mais il faut aussi expliquer car attention au piège de l’immédiateté !
Attention que le livre ne devienne notre ultime idole : « C’est écrit, c’est comme cela » !
Pas si simple en vérité…
C’est écrit,  mais qu’est-ce que cela veut dire ?
Ou plutôt qu’est-ce que cela voulait dire ?
Et qu’est-ce que cela veut me dire, veut nous dire, à nous ce matin ?

Il me faut expliquer : expliquer se dit  parach en hébreux, verbe rare qui signifie littéralement : Eclairer le texte ; Le clarifier ; Rendre distinct. La racine est la même que pour le mot de :  cavalier !
Ainsi, Lire comme on monte en selle, chevaucher les mots pour se laisser emporter par eux, mais attention de ne pas se faire désarçonner, et de vider des étriers…

Et le troisième mot, c’est comprendre. Le mot revient de nombreuses fois dans notre récit…
Comprendre. Car il ne suffit pas de lire, fût-ce même clairement. Encore faut-il comprendre. 
Le mot hébreu est  bin qui signifie : Apercevoir, distinguer, comprendre, être sage, expliquer, construire…
De sorte que tout est là, tout est là dans ce « travail de l’interprétation », dirait-on aujourd’hui…
    -  Peut-on vivre selon les livres ?
Non, si j’en fige la lettre !
Oui, si je les travaille et me laisse travailler par eux…
On dit souvent que nous sommes la religion du livre :
Et bien, Oui et non !
Non, car en fait nous sommes une religion de la parole.
C’est la parole qui fait vivre.

Oui, car la parole surgit du vieux livre.
Elle se tient là, cachée parfois, tapie au cœur des vieux mots usés ; mais elle est là et peut faire ressort au plus profond de nous-mêmes.
Et surgit alors la grâce de pouvoir appuyer nos  propres mots, notre propre parole - si souvent, trop souvent maladroite, malheureuse, malhabile - nous pouvons appuyer nos paroles, dis-je, à une autre Parole,  qui vient redonner sens à nos vies insensées, qui veut redonner souffle à nos vies à bout de souffle.

Luther dit que la Bible, ce livre est comme le berceau de joncs qui portait Moïse sur les eaux… Le livre est l’écrin, le fourreau d’une parole qui nous attend. Je dirais : La Bible est le lieu du rendez-vous avec la Parole.
C’est là qu’elle nous y attend,  pour nous transformer et nous retourner en chemin de vie.
Mais encore, faut-il pour cela prendre le risque de lire, d’expliquer et d’interpréter, comme le musicien interprète sa partition  et nous donne d’entendre la musique qui sinon serait restée lettre morte.

Esdras, Néhémie, deux noms d’hommes.
Première lecture du livre de la Thora.
Refondation du judaïsme et de Jérusalem.

Mais attention, ici surgit un piège : l’ultime !
Celui du fondamentalisme,
De la lecture littérale,
De l’explication partisane,
De la compréhension fermée et exclusive.

Car Esdras, c’est aussi une sorte d’inquisiteur, de taliban avant l’heure !
C’est l’inventeur de la purification ethnique…
Car pendant cinquante ans, certains s’étaient mariés avec des païennes,  des non juives… Que dit alors Esdras :
    -  renvoyer les femmes étrangères,
    -  renvoyer vos bâtards ! (cf.  Esdras 9 et 10 )

En fait, Esdras n’est pas un personnage très sympathique.
Il représente le piège même de sa lecture publique :
une lecture fermée, excluante, condamnante.

Face à Esdras, c’est une figure de femme qui va se dresser pour dire qu’une autre lecture est possible, une autre compréhension possible :
Ruth. La moabite.
Et face à Néhémie cela sera  Noémi, une autre femme.
Même si l’histoire de Ruth se passe 500 ans avant le retour de l’exil, les exégètes nous apprennent que le livre fut rédigé au retour d’exil, en même temps que celui d’Esdras et de Néhémie.
Que nous dit le livre de Ruth ?
Que cette femme, cette fille de Moab, ennemi héréditaire d’Israël, peut devenir la croyante par excellence, exemple même de la fidélité dans la foi, et l’arrière-grand-mère de David.
Rien que cela !

Ainsi : Retour d’exil ; période de crise et de reconstruction.
Deux théologies s’affrontent à travers deux livres, et deux figures : Esdras et Ruth.
Une compréhension fermée et restrictive de l’alliance, 
ou une compréhension ouverte et englobante de l’alliance !
Conflits des interprétations, déjà.
L’évangile tranchera pour nous le débat, donnant raison à Ruth et à la femme…

Et nous, de quelle lecture vivons-nous ?
Sur quelle parole pouvons-nous  appuyer nos paroles ?
Je vous laisse pour terminer ce texte de Christian Bobin[1] : 
« Que des millions d’hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentit sa parole sous les coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie : Sa parole n’est vraie que d’être désarmée. Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre-mis à nu par son amour, Affaibli par son amour, Appauvri par son amour. Telle est la figure du  grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait l’entendre. Le monde n’entend que là où il y a un peu de bruit et de puissance. L’amour est un roi sans puissance, Dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour »…

Pasteur Jean-François Breyne.




[1]
                    [1] Christian Bobin, l’homme qui marche, 1995, le temps qu’il fait, p.22-23

mardi 21 avril 2015

 Prédication de Pâques 2015, 

à partir de Matthieu 28, 1 à 15. 


Rien chez Matthieu ne se passe comme ailleurs, chez Marc, Luc ou Jean.
Matthieu scénarise à l’excès,  il semble nous proposer une version  Métro Goldwyn Meyer  (ou YouTube pour les plus jeunes).
En fait, il répond à une sorte de théorie du complot : le bruit circule en effet que les disciples ont volé le corps, ce qui explique le tombeau vide : CQFD ; pas de résurrection, donc.
Comme s’il fallait une preuve.
C’est vrai que nous aimons les preuves…
Le vérifiable, le quantifiable…
Alors Matthieu en rajoute, semble-t-il.
Là où, dans les autres évangiles, les femmes trouvent la pierre roulée, ici, elles voient l’ange la rouler devant elles et après qu’elles s’en sont retournées, le Ressuscité leur apparaît  tout de suite, comme pour couper court à toute attente.
Il y a même une sorte d’urgence et un petit mot étonnant : Vite.
Vite   apparaît deux fois dans le récit :
Vite, allez dire aux disciples…
et  elles quittent vite le tombeau
Vite, avant toute manipulation,
toute récupération.

Alors Matthieu met aussi en scène cette garde au tombeau qui pourra attester que le corps n’a pas été volé.
Ces gardes qui se figent d’effroi devant l’ange du Seigneur.
Oui, mais voilà, Matthieu tombe peut-être ainsi dans un piège, car à trop vouloir en faire, on tend le bâton pour se faire battre…
Car il y aura toujours d’autres témoins, d’autres preuves, pour venir infirmer ceci ou cela.

Amis, la foi, en vérité n’a que faire de preuve.
La preuve de l’air, ce n’est pas son analyse chimique, c’est qu’on puisse le respirer et en vivre.
La preuve de l’amour ce n’est pas dans les angoissants : « dis-moi que tu m’aimes » mais c’est qu’il nous fait vivre…
Le baptême de Nicolas n’est pas la preuve qu’il est désormais chrétien, mais tout au contraire un appel, une incitation, un cadeau offert à ouvrir, découvrir et partager

La foi en vérité n’a que faire de la preuve :
Elle est expérience
Elle est fiance, confiance, une sorte de « malgré nous » qui nous saisit et nous transporte…
Mais Matthieu en fait des tonnes.
Il en fait tellement Matthieu qu’il met même en scène un tremblement de terre…
Rien que cela !
Pas de tremblement de terre, bien sûr, au matin de Pâques chez Marc, Luc et Jean.
Mais pour Matthieu, la terre elle-même tremble, un « seismos » nous dit-il…
Je ne sais pas vous, mais moi, je n’ai pas senti de tremblement de terre, ce matin….
Bizarre pourtant cette précision
Le tremblement de terre est, dans les Evangiles, le signe annonciateur de la fin des temps.
Pourtant, depuis 2000 ans, le monde continue avec son lot de monstruosité, de souffrance, de folie.
Mais aussi de beauté, de don, de tendresse, de confiance.

Alors pourquoi ce tremblement de terre chez Matthieu au matin de Pâques ?
Que veut- il dire ? Que veut-il nous dire ?
Mais allons plus loin…
En fait,  les tremblements de terre,  nous les connaissons bien dans nos vies. Trop  bien même.
Car oui, souvent, la terre tremble
Oh ! je ne parle pas de tsunami  ni d’autres catastrophes naturelles.
Non ! 
Je parle de tous ces tremblements de terre lorsque vacillent toutes nos convictions, toutes nos certitudes, tout ce en quoi nous croyons
Tout ce que nous avons construit…

Je parle de ce tremblement de terre lorsque la maladie grave survient et que la terre semble se dérober sous nos pas.

Je parle de ce tremblement de terre lorsque le deuil frappe et que l’abîme de l’absence s’ouvre sous nos pas.

Je parle de ce tremblement de terre lorsque la folie prend possession de la vie et que l’on bascule dans un trou sans fond.

Je parle de ce tremblement de terre lorsque l’amour s’est tari dans le cœur et que le gouffre du néant et du désespoir nous appelle de sa béance.

Allons, en fait, les tremblements de terre nous les affrontons sans cesse. Ils nous meurtrissent en silence ou à grands cris, c’est selon, mais toujours nous laissent pantelants et épuisés.
Mais notre tremblement de ce matin est d’un autre ordre.
Car au lieu de détruire, il recrée ;
Au lieu de d’écraser,  il ouvre.
Au lieu de signer la fin, il signe un commencement nouveau.

Etrange tremblement de terre de Pâques qui, en fait, est un anti tremblement de terre,
qui ouvre le tombeau
non pour en faire sortir la mort
mais pour faire jaillir une parole de vie.

Car notre tremblement de terre est précurseur d’une Parole :
d’une double parole :
-        Celle de l’ange
-        Celle du Christ

Et le tremblement de terre pascal se fait mouvement,
il met en route, vite :
On va, on vient,
on s’agite
on court.
Tout cela à cause de ce tremblement de terre qui a libéré une Parole plus forte  que la mort elle-même.

Une parole qui dit 2 choses (toujours la même) :
L’ange tout d’abord, puis le Christ :
-        «  n’ayez pas peur »
et
-        « allez » !

Allez, car une  vie est désormais possible, libérée de la peur.

Allez, allez dire, partagez l’impensable.

« A la fine pointe de l’espérance
Tremble une promesse
Qui inonde l’aujourd’hui.
Une parole neuve dessine
un nouveau premier matin du monde.
Ce qui s’annonce là fait sourire les revenus de tout, les anesthésiés du désir qui renoncent à espérer par peur de se blesser.
Mais ceux qui écoutent l’irréductible bonté 
malgré la vigueur  de l’ombre 
et la persévérance du mal,
ceux qui restent, envers et contre tout, 
ouverts à ce qui survient et garde place,  
au plus profond de leur cœur,  
pour le sel et la lumière, 
ceux-là sont en devenir de résurrection ! » (Francine Carrillo in L’Imprononçable).

Voilà, le tremblement de terre nouveau qui nous ébranle au plus profond, au tréfonds de nous-même, laissant juste ce qu’il faut de faille pour que jaillisse la parole :
N’ayez pas peur,
Et Allez
Et tant pis pour les complots, les mensonges, les calomnies des grands prêtres et les dessous de table des puissants,
Nous, nous pouvons désormais nous tenir debout, fusse au pied de la tombe de l’être aimé et pourtant reprendre route, chancelants, pantelants, trébuchants.
Et pourtant vivants par la seule force de cette Parole reçue, de cette lumière entrevue
dans le bouleversement de ce tremblement de terre qu’est, pour nous, l’expérience de Pâques.

Alors, ma sœur
mon frère

En marche
en avant
et n’aie pas peur :
Un Autre t’appelle
                 t’attend et
                                    t’accompagne.


      Amen

samedi 11 avril 2015

Proclamation pascale 2015 , devant l'Eglise Saint Paul, 
organisée par le CNEC (Comité Nîmois d'Eglises Chrétiennes).  

« A la fine pointe de l’espérance, tremble désormais une promesse  qui inonde notre aujourd’hui.
Une parole neuve dessine un nouveau premier matin du monde. » (Francine Carrillo).

Une parole qui se fait présence,
Une parole qui se fait vie,
Une parole qui s’en vient tout labourer pour tout retourner en chemin de vie :
Même la souffrance, même la violence, même la mort elle-même.
Une parole qui se cristallise en deux appels :
-        N’ayez pas peur, et
-        Allez dire.

Et nous, nous pouvons désormais nous tenir debout,
Sans peur, fusse devant la tombe de l’être aimé,
et malgré tout,  reprendre route ;
Chancelants, pantelants, trébuchants encore,
et pourtant vivants,
par la seule force de cette parole reçue,
de cette lumière entrevue, en ce petit matin de Pâques.

Mon frère, ma sœur, Christ est ressuscité !

Il re-suscite en  nous la vie, la confiance et l’espérance ! 

JFB 

mercredi 18 mars 2015

Autour du récit de la Transfiguration 

( Marc 9, 2 et ss.  Méditation du  1er mars 2015 à St Césaire)


Jésus, comme un nouveau Moïse.
Dont le visage rayonne lorsqu’il redescend de la montagne (Ex 34, 29 et ss).

Transfigurer.
Un petit mot rare, qui n’apparaît que 4 fois dans le NT et qui a donné en français métamorphose !
Ainsi tout sera une question de forme, de voir ?

Mais il ne suffit pas de voir ; il faut, encore et encore, une parole qui vienne donner sens à tout cela !
Et quelle parole ? !
La parole du baptême : « tu es mon fils, l’aimé » (Marc 1, 9).
Mais les deux derniers mots sont différents : à la place de « en qui j’ai mis mon chérissement », Marc nous dit ici que la voix du ciel précise :
« Ecoutez-le » (Marc 9, v. 7)

Ainsi Marc nous dit qu’il faut écouter la voix du Maître.
Tout est là, peut-être, dans cette injonction : écoutez-le !
Voilà notre vocation, notre chance, notre exigence aussi !
Écoutez-le !

Et que dit la voix du Maître ?
Ce qu’il  ne cessera de nous dire :
-        Qu’il nous faut changer notre regard.
-        Qu’il nous faut nous laisser transfigurer par la parole de vie.

Pierre pensait savoir ce qui est bon, mais il ne savait rien du tout !
Il ne savait pas qu’il devait se laisser transfigurer par la parole.

Mon frère, ma sœur, laisse-toi transfigurer par le Christ transfiguré.
Et change ton regard pour découvrir un autre visage de Dieu.
Pour découvrir un autre visage de  l’homme.
Car Dieu et l’homme sont toujours autres que ce que nous croyons en savoir.
Ils sont toujours à découvrir à tâtons...
Car Dieu nous attend toujours ailleurs, là où nous ne l’attendions plus.
Comment, comment cela sera-t-il possible ?

N’est-ce pas là comme une définition, en creux, de la foi : 
se laisser transfigurer par Dieu ? C'est-à-dire se laisser retourner, se laisser faire autre par le Tout-Autre ?

N’est-ce pas cela l’alpha et l’oméga de la prière, que de se mettre à l’écoute attentive de cette voix qui vient dans l’ombre de la nuée ?
N’est-ce pas cela l’enjeu de ma foi : apprendre à voir autrement ; non plus avec mon regard mais avec le regard de Dieu ?

Et qu’est-il, ce regard, sinon celui que Christ reçoit et nous communique ?
Car nous voilà, à notre tour, revêtus non pas d’un vêtement resplendissant mais d’une dignité bien plus précieuse encore :
-        - Tu es mon fils ;
-       -  Tu es ma fille bien-aimée.
Même si toi tu crois que tu n’en vaux pas la peine !
Voilà le miracle de la foi.
Voilà le miracle de la transfiguration.

Mais je ne suis pas le Christ,  me direz-vous !
Avez-vous oublié l’épître aux Galates :
" Lorsqu’est venu l’accomplissement des temps, Dieu a envoyé son fils, né d’une femme et assujetti à la loi, afin de nous revêtir de l’adoption. Ainsi, tu n’es plus esclave, mais fils, fille, et comme tel, tu es aussi héritier : voilà l’œuvre de Dieu."(Gal. 4/4)

Mais si cela valait aussi pour la métamorphose ???
Paul, encore :
" Nous tous, nous sommes transfigurés en un même visage, de gloire en gloire, par le Seigneur…" (2 Cor. 3/18)
Et ailleurs :
" Soyez transfigurés par le renouvellement de l'intelligence…"          (Rom 12/2)

Paul, ici, emploie le même mot que Matthieu et Marc : métamorpheo (et que Luc a choisi de  traduire par « autre »).
Ce mot, je l'ai dit,  n'apparaît que 4 fois dans tout le Nouveau Testament, soit  2 fois pour Jésus, et deux fois pour l'homme !

Ma sœur, mon frère, ne dis pas : Christ est transfiguré, si tu ne peux pas dire en même temps : je suis, tu es transfiguré avec lui.
 Ma sœur, mon frère, laisse-toi transfigurer par le Christ transfiguré.
Comment ? Tu le sais bien : seule ta prière peut te donner assez d’humilité pour l’accueillir.


samedi 28 février 2015

Marie, Anne et Elisabeth... 

Texte :  Luc 1, 26 à  56.

Avec beaucoup de retard, cette prédication donnée au GT, le 21 décembre 2014.

                             


Marie, une femme à qui arrive l’incroyable.
Une femme ?
Non.
Car derrières elle se tiennent aussi Elisabeth, Anne, et puis Sarah. Et même un homme, Zacharie..
Pour ne parler que d’elles.
La péricope proposée en ce 4ème dimanche de l'avent est de lire seulement l'annonciation faite à Marie… Mais il m’a paru impossible de nous en tenir là.
Car derrière Marie se bousculent toutes ces femmes, tous ces visages, toutes ces histoires de stérilité, de malheur. Et même celui d'un homme, Zacharie, privé lui aussi de descendance..
Mais revenons aux femmes..
Ces femmes qui s'affrontent au pire, à la stérilité de leur ventre, mais aussi et surtout de leur vie.
Car la stérilité n’est pas seulement celle des entrailles.
Elle est aussi celle de la vie, lorsque nous croyons que notre vie est vide de sens, et qu’elle ne sert plus a rien.
Alors nous devenons contemporains de ces femmes.
Sarah, Anne, Elisabeth.
Et puis il y a Marie.
Marie, Elle, elle  n’est pas stérile.
Elle n’est seulement pas mariée.
Mais pour chacune de ses femmes, l’improbable survient.
Chaque fois par la grâce d’une parole.
Alors qu’elles sont si différentes.

1. Et c'est là un premier point qu'il faut souligner : il n’y a pas de bonne attitude pour obtenir la suprême récompense.
Pas de recette.
Pas de bon élève de la foi ou de la vie, seulement des humains.
- Sarah n’y a pas cru et s’est moquée : elle a rit.
- Anne, elle, a marchandé avec Dieu : « donnant, donnant ».
- Seule Elisabeth était juste et pieuse, nous dit le texte.
-  Zacharie, lui était prêtre et juste devant Dieu.. et fidèle à son ministère.

- Et de  Marie, nous ne savons rien.   

Rien,  sinon qu’elle devait se marier.
Et que ce qui lui arrive vient mettre en péril ce mariage :
comment son fiancé pourrait-il encore l’épouser, elle, enceinte d’un autre ?
Pourtant sa seule réponse sera :
« Je suis la servante su seigneur, qu’il m’advienne ce que tu dis »[1].
Car dans sa vie une parole avait été semée ;
et rien désormais ne serait plus comme avant.
Jamais.
Car la voici désormais grosse d'une parole.

Une  parole reçue qui change tout, car une parole peut changer une vie !
-        Comme pour Sarah : par la seule parole de ses voyageurs étrangers que son mari avait invité à partager son repas.

-        Comme Anne : par la parole d’Elie, qui pourtant lui aussi s’était d’abord moqué d’elle.

-        Comme Elisabeth, par la parole adressée à son époux, parole étonnante qui le rendit muet.

Tiens, c'est drôle, ça, une parole qui nous prive, dans un premier temps, de notre propre parole.

Comme s'il fallait ce temps de silence pour faire un peu de place à cette parole autre, à une autre parole que la sienne.
C'est qu'il faut du temps pour accueillir la parole, la laisser murir en soi..
Du temps pour accueillir l'impossible, pour consentir à l'impossible…

Marie, enfin,  qui , répondant à la salutation de sa cousine, rompt le silence et laisse s’élever le chant de sa joie.
Chaîne de l’impossible, chaîne de l’impensable, chaîne de Dieu.
Marie, Elisabeth,
La  trop jeune et la trop vieille,
Toutes les deux désormais porteuse de paroles.

Première mère porteuse, mais mère porteuse de l'alliance, d'une parole de vie, d'une parole de confiance et d'espérance ; bref, d'une parole d'amour.
Vraie. Pleine. Qui retentie pour la première fois dans la secousse même du ventre, dans le tressaillement des entrailles.

Dans une rencontre entre le précurseur et le fils de l'homme.
Luc ne nous racontera pas  de rencontre physique entre Jésus et le baptiste, mais une rencontre intra utérine : surprenant, non ?

Marie,  à jamais porteuse de la Parole même, celle de Dieu.
Et c'est la rencontre entre ces deux porteuses de paroles qui les ouvre, à leurs tours, à une parole possible. 

" Marie consent, elle aménage en elle de l'espace, dans son âme et dans ses entrailles, pour abriter l'enfant qui n'existe pas encore, qu'elle n'attendait pas, qu'elle ne pouvait même pas encore désirer dans son état de jeune vierge, mais que d'emblée elle a aimé"[2]. 
Mais comment dire l'indicible, lorsque les mots sont dérisoires ?
Marie, alors s’enracine dans la parole de ses pairs.

Marie, dont le magnificat n’est qu’une gigantesque compilation de citations biblique, pas moins de 29 citations, dont 11 psaumes différents.
Marie, qui chante, comme Anne avait chanté sa joie,
Mais ici s’arrête la comparaison : car lorsque Marie chante, il ne s’est encore rien passé.
Lorsque Anne chante, elle peut logiquement le faire, Samuel est né ; elle laisse éclater sa joie.

Mais lorsque Marie chante, rien ne s’est encore passé.
Elle chante, par le seul fait de la Parole reçue.
Elle chante, par le seul fait de sa confiance en cette Parole reçue.
Elle chante, parce qu’elle ne peut pas faire autrement.
Elle chante, parce que  Dieu fait chanter sa vie.
Elle est prise au piège par la Parole de Dieu.
Rien ne sera plus désormais comme avant.
Et pourtant, rien ne s’est encore passé.
« Déjà là – Pas encore ».
Car elle va chez Elisabeth «en ces jours là »[3]  et cela signifie qu’elle n’a pas encore la preuve de sa grossesse.

Mais Marie chante son cantique.
A cause de la parole de l'ange ?
Pas seulement.
A cause de la parole de sa cousine, Elisabeth.
C'est par et dans la parole d'Elisabeth que Marie découvre toute l'ampleur de l'évènement qui se prépare et qui, au plus profond d'elle-même, c'est déjà produit !
 Ainsi, nous avons toujours  besoin de la parole d'un autre pour comprendre un peu..
Ainsi, nous avons toujours besoin de la parole de l'autre pour oser soi-même une parole.
Marie, comme nous, parle par la foi. Fiance. Confiance.
Par la foi .
Et ce faisant,  Marie devient le nouvel Abraham, qui par la foi, cru et parti.
Et  texte d'ailleurs le suggère : verset 39 : c'étant levé (tiens, anastasis, le verbe de la résurrection, elle alla..).
Car la foi nous met toujours en chemin.
Ainsi, j’aime Marie, comme j’aime la figure d’Abraham.
Marie ne représente  pour moi  ni la vierge, ni la mère, qui ne sont que des états transitoires de son histoire.
Elle est pour moi la femme, et ma sœur  en la foi,
celle qui sut accrocher sa vie à l’irruption de la Parole en elle.
Elle est notre sœur ainée dans la foi,
véritablement la première  chrétienne.
Elle est la figure même de ce que  tout croyant est appelé à devenir : une crèche pour que Dieu naisse en nous.
car j’ose dire que nous sommes tous, nous aussi, appelé à cette expérience :

-        enraciner notre vie dans la folle promesse d’une Parole reçue,

-        Découvrir dans ma vie, dans ta vie, la trace de la présence de cette Parole, qui s’en vient tout bousculer.

Et se découvrir ainsi arche de Dieu, temple d'une présence.

·       Mais de quoi parle-t-il ?
          Ça y est, il est encore parti en vrille.

Que nenni.
Enfin, pas plus que d'habitude.
Le lien entre Marie et l'arche d'alliance est fait par la phrase d'Elisabeth : et elle éleva la voix d'un grand cri et dit.
Cette tournure de phrase ne se retrouve nul part ailleurs dans le NT, mais ce retrouve 5 fois dans l'AT grec, la Septante, et toujours en lien avec l'arche, pour désigner l'exclamation du peuple devant la présence de Dieu dans l'arche d'alliance.
Ainsi, Marie se découvre temple de Dieu, comme chacun d'entre nous est appelé à le découvrir à son tour.
Je cite Paul de Tarse : 1 Corinthiens 3:16  "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?"
Et Pierre : 1 Pierre 2:5  "et  vous-mêmes, comme des pierres vivantes édifiez - vous pour former une maison  spirituelle, un temple saint…  ".

L’expérience de cette Parole en nos vies va tout bousculer, et ne sera pas sans conséquence.
Car être arche d'alliance, le temple de Dieu, les pierres vivantes de sa maison n'est pas sans conséquences..


Et cela, seul le chant d'abord peut en rendre compte.
J'ai dit que Marie chante. Que Anne chante.
Elles chantent, et cela, Malgré le deuil.
Car chaque fois, dans ses histoires bibliques, il y a du deuil.
Ces femmes ne sont pas autres que nous et l’irruption de la Parole ne les placent pas sur l’orbite d’un petit nuage rose.

-        Avec Sarah, il faudra perdre Agar et Ismaël,
-        Avec Anne, il faudra perdre le fils donné : Samuel, qui sera consacré à Dieu,
-        Avec Elisabeth, il faudra que Zacchari, le père, celui qui nomme dans la tradition juive, perdre la parole, et Jean,  son fils,  sera exécuté par Hérode ;
-        Avec Marie, il faudra tout perdre, jusqu'à ce fils promis sur une croix.

Et pourtant elle chante, la fille de Nazareth, et rien ne fera plus taire son chant, comme rien ne fera plus taire les cantiques de nos églises.

- Alors n’éteins pas le chant de ton cœur.
Et n’attend pas d’être comblé pour chanter.
Au contraire, chante, comme l’alouette avec le printemps qui vient.

Comme le dit Lytta Basset :
« Ecoute le mystère : la parole vient éclairer l’histoire d’une autre intensité.
Marie préfigure l’église, vous, moi, qui chante la foi en dialogue avec Dieu.
Viens !
Marie, nous a donné le départ pour croire comme elle,
Pour accueillir la Parole et nous laisser travailler par elle.
Marie nous tire en avant,
elle chante comment  Dieu se conjugue à sa vie,
comment Dieu se mêle de son histoire.
Viens ! Chantons avec Marie ! »[4]

Cantique 171 !
Amen.





[1] Luc 1, 38.
[2] Sylvie Germain, in Songes du temps, Desclée de Brouwer, p. 17.
[3]  Verset 39
[4] In Traces vives, Genève, Labor et Fides, 1997, p. 143-144.